Conseiller politique et stratégique, professeur, écrivain... Jacques Attali est un penseur éclairé des bouleversements de notre temps. Il était donc naturel de demander à cet amoureux des belles choses son analyse de l'évolution de notre alimentation et des enjeux qui nous attendent dans un futur proche.
10 milliards dêtres humains en 2050 : est-ce que notre planète a les moyens de nourrir tout le monde ?
La FAO (Food and Agriculture Organization, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) estime que cela est possible. Sous réserve que soient créées des conditions d'une organisation agricole différente d'aujourd'hui. La FAO estime que les petites propriétés ont une meilleure productivité que les grands domaines, et que si les paysans, notamment en Afrique, en Amérique latine et en Asie, avaient la propriété du sol et la maîtrise des techniques agricoles, la production suivrait. Donc tout cela tient beaucoup au cadastre. Et il n'y a pas de cadastre ou de droit du sol sans un Etat de droit. Le droit et l'éducation joueront donc un rôle essentiel dans la capacité de l'humanité à se nourrir dans le futur. J'ajoute qu'en 2050, nous devrions être tous végétariens, et que donc les problèmes de nutrition se poseront beaucoup moins.
L'évolution vers le végétarisme est-elle inéluctable ?
Non, ce n'est pas inéluctable, c'est sain. Je pense que ce n'est pas une contrainte, mais plutôt un progrès. L'élevage est une source majeure de production de gaz à effets de serre et demande une quantité gigantesque de végétaux et surtout d'eau pour nourrir ce cheptel. La Terre aurait tout à y gagner à ce que nous devenions végétariens. Mais l'humanité également, puisque la consommation excessive de viande a des conséquences néfastes sur notre santé, notamment en termes d'obésité et de maladies cardio-vasculaires.
Vous-même êtes devenu végétarien ?
Je suis en train de le devenir. Je mange de moins en moins de viande. Ce n'est pas une contrainte, ni quelque chose que je fais du jour au lendemain. C'est une évolution disons métaphysique.
Faites-vous partie de ces plus de 70% de Français inquiets des OGM ?
Je fais partie de ceux qui sont agnostiques. J'estime qu'il n'y a pas eu assez de recherche indépendante sur le sujet. Et même la plus récente, qui a montré la formation de tumeurs suspectes sur des rats de laboratoire, n'est pas absolument convaincante. Il faut poursuivre les analyses. Maintenant, des OGM, on en mange tout le temps. Les greffes sont des OGM. Et nous mangeons de la viande brésilienne, nourrie aux OGM.
Y-a-t-il des choses à changer dans notre manière de consommer ?
Il y aura toujours du fast food, du slow food, du bio ou de la malbouffe. On ne reviendra pas en arrière. Mais je pense que les gens vont de plus en plus chercher une nourriture qui a été produite près de chez eux. Nous aurons de plus en plus besoin de savoir d'où provient ce que nous consommons, avec une demande de plus en plus forte de traçabilité.
L'interview intégrale à retrouver dans Paprika n°5
Alexandre Zalewski
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